2 alunissages en 2028, Artemis décalé, plan Isaacman pour éviter un trou d’air, ce calendrier inattendu surprend la NASA

La fusée SLS de la NASA illuminée au crépuscule à Kennedy Space Center

Deux alunissages la même année, et un Artemis III qui ne touche même pas la Lune. Voilà le grand remaniement annoncé par Jared Isaacman, le patron de la NASA, qui a décidé de casser le scénario prévu et de remettre des étapes intermédiaires là où le programme faisait un saut un peu suicidaire.

Dans le détail, Artemis III est repoussé à 2027 et devient une mission d’entraînement en orbite basse: rendez-vous et amarrage avec au moins un atterrisseur lunaire commercial, plus des essais de combinaisons. Et pendant que la NASA promet une cadence plus serrée, Artemis II, lui, patine encore: la fusée SLS a été sortie du pas de tir pour des réparations, ce qui a fait sauter une fenêtre de lancement en mars et pousse l’échéance vers début avril.

Artemis III en 2027: répétition générale en orbite basse

Le changement le plus brutal, c’est le rôle d’Artemis III. Avant, ce nom sentait la poussière lunaire, le pôle Sud, les images historiques. Maintenant, c’est une mission qui reste près de la Terre. Objectif: envoyer Orion avec un équipage en orbite basse et s’entraîner à rejoindre un atterrisseur lunaire, au lieu d’aller directement jouer la finale sur la Lune.

Sur le papier, ça ressemble à un recul. Dans les faits, c’est un aveu de bon sens: tu ne passes pas d’un simple survol à un alunissage sans répéter les gestes. Isaacman le dit sans tourner autour du pot: attendre trois ans entre chaque vol n’est pas une trajectoire de réussite. Il veut réduire ces grands trous dans le calendrier qui tuent l’élan, les équipes et la confiance.

Cette mission 2027 doit aussi servir de banc d’essai pour des briques très concrètes. Les astronautes devront pratiquer le rendez-vous et l’amarrage avec un ou plusieurs landers construits par SpaceX et Blue Origin. Ce n’est pas un détail: l’amarrage, c’est le moment où tu découvres si tes interfaces, tes procédures et tes marges sont réelles ou juste jolies sur PowerPoint.

Et il y a l’autre morceau souvent oublié du grand public: les combinaisons. La NASA prévoit de tester les scaphandres conçus par Axiom Space. Là aussi, ça paraît secondaire jusqu’au jour où une fermeture éclaire, un joint ou un gant te pourrit une sortie. Une mission en orbite basse permet de valider des systèmes sans s’enfermer dans le piège “on verra sur place”.

Artemis II repoussé: le SLS fait encore des siennes

Artemis II, c’est la mission charnière: quatre astronautes, un grand tour autour de la Lune, retour sur Terre. Pas d’alunissage, mais un test grandeur nature d’Orion en conditions lunaires. Sauf que la NASA a dû retirer la fusée SLS du pas de tir cette semaine, direction le Vehicle Assembly Building, le hangar géant de Kennedy Space Center. Cause: un souci sur l’étage supérieur.

Ce retrait a eu un effet immédiat: plus de lancement en mars. La NASA parle d’une nouvelle série d’opportunités entre le 1er et le 6 avril, si les réparations et le reste du boulot s’enchaînent sans mauvaise surprise. Et pour viser le 1er avril, il faudrait que la fusée retourne au pas de tir autour du 21 mars. C’est une course contre la montre, avec une marge qui n’a rien de confortable.

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Dans les infos qui circulent, on retrouve aussi le spectre des fuites, déjà vues sur Artemis I en 2022. Artemis I avait fini par décoller, sans équipage, après des galères de ce genre. Le truc, c’est que la tolérance au risque change quand tu mets quatre humains dedans. Chaque réparation, chaque inspection, chaque report te rappelle que SLS est une machine énorme, complexe, et pas vraiment faite pour enchaîner les vols comme un avion de ligne.

Ce retard d’Artemis II pèse sur tout le reste. Même si la NASA annonce une nouvelle architecture plus “progressive”, elle reste coincée par la réalité matérielle: tant qu’Artemis II n’a pas volé, tu ne valides pas la chaîne complète Orion, SLS, opérations, récupération. Et sans cette validation, accélérer derrière devient un pari. Pas impossible, mais tu sens bien que la marge politique et la marge technique ne racontent pas la même histoire.

Deux alunissages en 2028: Artemis IV et V dans la même fenêtre

La promesse qui fait lever un sourcil, c’est le “jusqu’à deux alunissages en 2028”. Dans ce nouveau découpage, la mission d’alunissage qui devait s’appeler Artemis III devient Artemis IV. Et Artemis V pourrait suivre la même année. Isaacman a été clair: la NASA ne “s’engage” pas à lancer les deux, mais veut se donner la possibilité de le faire. C’est une nuance importante, parce qu’elle dit: on vise haut, mais on garde une porte de sortie.

Pourquoi 2028? Parce que c’est l’objectif politique affiché: ramener des astronautes américains sur la Lune avant la fin du second mandat de Donald Trump. Ça ne veut pas dire que la NASA obéit au doigt et à l’il, mais ça met une pression de calendrier. Quand tu annonces une date à la Maison-Blanche, tu te retrouves ensuite à expliquer chaque glissement, chaque bug, chaque report. Personne n’aime ça.

Techniquement, deux tentatives la même année, ça suppose une orchestration serrée: disponibilité du SLS, de la capsule Orion, des équipes au sol, des fenêtres de lancement, et surtout des atterrisseurs. Là, la NASA s’appuie sur le programme HLS, avec SpaceX et Blue Origin comme fournisseurs. L’idée, c’est d’avoir au moins un lander prêt, et si tout s’aligne, d’enchaîner une deuxième tentative. Sur le papier, c’est séduisant.

Mais soyons honnêtes: la NASA a déjà des voix de contrôle qui doutent que le tempo soit tenable. Des responsables de surveillance ont publiquement mis en question la faisabilité des délais affichés. Et un panel de sécurité a recommandé de revoir les objectifs d’Artemis III, justement parce que les buts étaient trop exigeants. Du coup, ce nouveau plan est aussi une réponse à ces critiques: on réduit la marche, on multiplie les répétitions, et on espère gagner du temps au lieu d’en perdre.

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SpaceX, Blue Origin, Axiom: le pari des partenaires privés

Le nouveau calendrier met les industriels au centre du jeu. Les atterrisseurs sont “commerciaux”, développés par SpaceX et Blue Origin, et la NASA organise son entraînement 2027 autour d’un rendez-vous avec au moins un prototype. Ça change la dynamique: la NASA ne contrôle pas tout de bout en bout, elle orchestre une architecture où des morceaux clés viennent de partenaires. C’est moderne, c’est aussi une source de dépendance.

Dans un scénario idéal, l’orbite basse devient un terrain de test moins risqué. Tu peux répéter l’amarrage, vérifier les systèmes, corriger des procédures, sans avoir à gérer la distance lunaire, les délais de communication et la contrainte du retour. Pour les entreprises, c’est aussi une vitrine: si ton lander s’interface proprement avec Orion, tu gagnes en crédibilité. Et dans un programme où l’opinion et le Congrès regardent les dépenses, la crédibilité compte.

Axiom Space, de son côté, est attendu sur un point très concret: les combinaisons. Les sources parlent d’essais de scaphandres pendant Artemis III. Là encore, ça peut paraître “accessoire”, mais c’est une des raisons pour lesquelles la NASA ne voulait plus foncer tête baissée vers un alunissage. Un scaphandre, c’est un vaisseau spatial individuel. Si tu ne l’as pas éprouvé dans des opérations réelles, tu t’exposes à des surprises bêtes et méchantes.

Le revers de la médaille, c’est la coordination. Quand tu relies SLS, Orion, un lander SpaceX ou Blue Origin, et des combinaisons Axiom, tu multiplies les interfaces et les calendriers. Si un seul élément prend du retard, tout le monde attend. Et là, Isaacman veut réduire les écarts entre missions, donc réduire les temps morts. C’est ambitieux. Ça peut aussi créer une pression malsaine: accélérer, c’est bien, mais accélérer sans marge, c’est un sport dangereux.

Pourquoi la NASA préfère un “petit pas” en 2027

Le discours d’Isaacman revient à une idée simple: l’histoire spatiale ne pardonne pas les sauts d’étapes. Il a même lâché une phrase qui sonne comme un rappel à l’ordre: personne à la NASA n’a oublié ses livres d’histoire. Traduction: Apollo a enchaîné des missions, des tests, des répétitions, avant le moment Armstrong-Aldrin. Et quand tu compares, tu vois vite le problème du plan initial: trop de temps entre les vols, trop d’inconnues non testées.

Le plan précédent ressemblait à ça: Artemis I sans équipage en 2022, puis Artemis II, puis attendre encore, puis tenter l’alunissage. Isaacman dit clairement que ce n’est pas viable. Son ajout d’une mission en orbite basse en 2027 sert à combler le vide, à garder les équipes “chaudes”, à éviter que chaque vol soit un redémarrage complet. Dans un programme complexe, la continuité, ça vaut de l’or.

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Il y a aussi un calcul de risque. Un rendez-vous en orbite basse reste une manuvre délicate, mais tu es à quelques centaines de kilomètres, pas à plusieurs jours de voyage. En cas de pépin, tes options de retour et de secours sont plus réalistes. Et si tu découvres un problème d’interface avec un lander, tu le découvres sans avoir brûlé des milliards et sans avoir mis un équipage dans une situation où chaque minute compte.

Le point qui fâche, c’est la communication. Pour le public, “pas d’alunissage sur Artemis III” peut sonner comme un échec, ou comme une marche arrière. La NASA va devoir vendre l’idée que c’est une étape, pas un renoncement. Et elle va devoir le faire tout en gérant les retards du SLS et les doutes des organismes de contrôle sur le calendrier. Si Artemis II glisse encore, la pression sur 2027 et 2028 va monter d’un cran, et là, il faudra des résultats visibles, pas juste des diapos.

À retenir

  • Artemis III est reconfigurée: lancement en 2027, pas d’alunissage, entraînement en orbite basse.
  • Artemis II est retardée après un retour du SLS au hangar pour réparations, avec une fenêtre début avril visée.
  • La NASA vise une ou deux tentatives d’alunissage en 2028 via Artemis IV et Artemis V, sans garantie de double tir.

Questions fréquentes

Pourquoi la NASA annule l’alunissage d’Artemis III ?

Parce que la NASA veut éviter de passer directement d’un survol lunaire (Artemis II) à un alunissage sans étape intermédiaire. Le nouveau plan transforme Artemis III en mission 2027 en orbite basse pour tester le rendez-vous et l’amarrage avec un atterrisseur commercial, et pour essayer des systèmes comme les combinaisons. L’idée est de réduire le risque avant de tenter un alunissage en 2028.

Qu’est-ce qui retarde Artemis II ?

Artemis II a été décalée après un problème sur l’étage supérieur du SLS, ce qui a obligé la NASA à retirer la fusée du pas de tir et à la ramener au Vehicle Assembly Building pour réparations. Ce retour en arrière a éliminé une possibilité de lancement en mars, et la NASA vise maintenant des opportunités autour du 1er au 6 avril, selon l’avancement des travaux.

Est-ce que deux alunissages en 2028 sont garantis ?

Non. La NASA dit vouloir avoir la possibilité de tenter deux alunissages en 2028 (Artemis IV et Artemis V), mais elle ne s’engage pas à lancer les deux missions. Le calendrier dépendra de la préparation du SLS, d’Orion, des atterrisseurs développés par SpaceX et Blue Origin, et des validations obtenues lors des missions précédentes.

Clémence est rédactrice indépendante, spécialisée dans les sujets de société, d’environnement et de culture contemporaine. Diplômée d’un master en journalisme, elle a collaboré avec plusieurs médias en ligne avant de rejoindre l’équipe éditoriale du site Redac.info.

Curieuse du monde qui l’entoure, Clémence explore au quotidien les thèmes qui façonnent notre époque : transformations sociales, enjeux écologiques, initiatives citoyennes, découvertes culturelles ou encore évolutions du travail.