179 416 euros. C’est la facture que la justice colle à Anthony Bourbon et à sa start-up Feed, après une condamnation pour contrefaçon de marque face à un concurrent américain, Thefeed. com. Pas une embrouille sur une recette de barre protéinée, pas un débat sur la nutrition. Juste un truc très terre-à-terre, mais qui fait mal: le nom, la marque, l’identité.
Le jugement ne se limite pas à un chèque. Les marques déposées par Feed SA autour de “Feed” sont annulées, des noms de domaine doivent être transférés, et les produits portant “feed” doivent être retirés de la vente et détruits dans un délai de 90 jours. Et le plus piquant, c’est que la décision est exécutoire tout de suite, appel ou pas. Tu vois le genre de dossier qui te flingue un planning et une trésorerie.
Le tribunal de Paris tranche: Feed imite “The Feed”
Dans cette affaire, le point central, c’est l’imitation d’une marque verbale de l’Union européenne: “The Feed”. Le tribunal judiciaire de Paris a estimé que la marque française “Feed” se rapprochait trop de celle de l’Américain Thefeed. com, un e-commerçant spécialisé dans des produits de nutrition. Résultat: condamnation pour contrefaçon par imitation, avec 179 416 euros de dommages et intérêts provisionnels à verser solidairement.
“Provisionnels”, ça ne veut pas dire “symboliques”. Ça veut dire que la justice fixe déjà une somme à payer, sans attendre la suite. Et surtout, ça arrive avec une exécution immédiate. En clair: même si Anthony Bourbon choisit de faire appel, la mécanique se met en route tout de suite. Pour une boîte, ça change tout. Tu peux contester, mais tu dois agir dans le même temps, et vite.
Ce qui a été écarté est presque aussi important que ce qui a été retenu. Les demandes liées au parasitisme et à la concurrence déloyale n’ont pas été retenues. Donc on n’est pas sur un tableau noir complet où tout serait reproché à la marque française. Mais sur la question de la marque, le tribunal ne fait pas dans la dentelle. Et dans la vraie vie, une condamnation “juste” sur le nom peut suffire à te retourner une stratégie.
Un avocat en droit des marques te dirait souvent la même chose: le consommateur ne lit pas un dossier juridique, il reconnaît un mot, une sonorité, une promesse. Si deux acteurs vendent des produits proches, avec un nom très proche, le risque de confusion devient la clé. Là, on parle de nutrition, de barres et boissons-repas. Même univers, même type de client, même recherche Google. Du coup le juge regarde la proximité de manière assez frontale.
2014 contre 2016: la date de dépôt a pesé lourd
Le nerf de la guerre, c’est l’antériorité. Thefeed. com avait déposé son nom en premier, en 2014. La société d’Anthony Bourbon arrive après, et le conflit couvait depuis des années. Dans ce genre de dossier, tu peux avoir la meilleure com, les meilleurs packagings, la meilleure communauté. Si tu perds sur l’antériorité, tu te retrouves à défendre une maison construite sur un terrain qui n’est pas à toi.
L’Américain ne s’est pas contenté de dire “ça ressemble”. Il a demandé la nullité des marques du Français, un changement de nom, et des indemnités. Et la justice a suivi sur une partie majeure: l’annulation des différentes marques déposées par Feed SA, citées dans la décision, du type Feed, Feed., Feed. smartfood. Dit autrement: ce n’est pas juste un logo à retoucher. C’est une famille de marques qui saute.
Et quand une famille de marques saute, tu te retrouves avec des effets domino. Le nom sur les emballages, le nom sur les pubs, le nom dans les contrats de distribution, le nom sur les réseaux, le nom dans les factures, le nom dans les applis. Même la relation client prend un coup: “c’est la même boîte ou pas?”, “j’ai acheté où?”, “je dois contacter qui?”. C’est bête, mais dans l’e-commerce, la confiance se joue parfois sur trois lettres.
Un entrepreneur que j’ai eu au téléphone il y a quelques mois, Marc, qui a déjà vécu un litige de marque, résumait ça sans poésie: “Une marque, c’est un actif. Quand tu la perds, tu perds aussi la mémoire des clients.” Ce dossier illustre exactement ce point. Le tribunal ne dit pas “vous n’avez pas le droit de vendre des barres”. Il dit “vous n’avez pas le droit de le faire sous ce nom-là”. Et c’est souvent là que ça fait le plus mal.
Marques annulées, domaines transférés, stocks détruits: la note cachée
Les 179 416 euros attirent l’il, parce que c’est un chiffre net. Mais le vrai coût se cache dans les mesures concrètes. D’abord, l’annulation des marques. Ensuite, l’obligation de transférer à Thefeed. com les noms de domaine contenant “feed” détenus par la partie condamnée. C’est violent, parce que le nom de domaine, c’est la porte d’entrée. Tu peux refaire un site, mais tu ne récupères pas facilement des années d’habitudes et de réflexes.
Et puis il y a le volet le plus “terrain”: les produits avec le mot “feed” doivent être retirés de la vente et détruits dans les 90 jours. Dans la vraie vie, ça veut dire audit des stocks, rappel éventuel, tri, destruction, justificatifs, et discussions tendues avec les partenaires. Si tu as des lots chez un distributeur, chez un logisticien, dans un entrepôt, dans des points de vente, tu dois tout tracer. Chaque carton devient un problème.
Le jugement prévoit aussi une astreinte en cas de retard: 200 euros par jour pendant 180 jours. Ce n’est pas une menace théorique. Une astreinte, c’est le compteur qui tourne si tu n’exécutes pas. Et quand tu dois en même temps gérer un changement de nom, refaire des packagings, sécuriser des nouveaux domaines, prévenir les clients, tu peux vite perdre des jours. Le truc c’est que la justice ne s’intéresse pas à ton planning marketing.
Si tu veux visualiser, prends un exemple simple. Tu as 200 000 unités en circulation entre entrepôts et canaux. Même sans connaître les chiffres réels de Feed, tu vois le mécanisme: reconditionner ou détruire, c’est de l’argent qui part en fumée. Et ce n’est pas juste le produit. C’est l’étiquette, le carton, la notice, la pub imprimée, les présentoirs. La contrefaçon de marque, ce n’est pas “tu changes une ligne sur ton site”. C’est une chirurgie.
O. K. R.: le changement de nom prend un autre sens
Feed a été rebaptisée O. K. R. l’an dernier. Officiellement, une boîte peut changer de nom pour plein de raisons: repositionnement, nouvelle gamme, envie de moderniser. Mais quand tu lis la décision et le contexte, tu comprends pourquoi beaucoup y voient une anticipation d’un mur juridique. Quand un conflit de marque dure des années, les dirigeants finissent souvent par préparer un plan B, même s’ils continuent à se battre.
Le jugement tombe aussi dans un moment où l’entreprise est décrite comme en difficulté financière. Et là, on touche un point sensible: un rebranding coûte cher même quand tout va bien. Nouvelles créations, nouveaux packagings, nouvelles campagnes, nouveaux canaux, accompagnement juridique, gestion de crise. Si tu ajoutes une condamnation, des retraits, des destructions, tu te retrouves à faire du damage control au lieu de faire de la croissance.
Anthony Bourbon, lui, a une image publique très forte, parce qu’il est un visage de “Qui veut être mon associé?” sur M6. Le grand public le connaît comme investisseur exigeant, franc-parler, conseils qui claquent. Le renversement est assez brutal: le juge, cette fois, c’est lui qui prend une décision qui claque. Et dans l’opinion, tu peux être sûr que certains vont confondre “condamnation pour contrefaçon de marque” avec “arnaque” ou “copie de produit”, alors que ce n’est pas la même histoire.
Contacté dans le cadre de cette affaire, Anthony Bourbon n’a pas répondu aux sollicitations relayées par la presse. C’est un choix classique quand un dossier est sensible: tu laisses les avocats gérer, tu évites la punchline de trop, tu limites les risques. Mais côté communication, le silence laisse un vide. Et un vide, sur les réseaux, c’est rarement toi qui le remplis. C’est les autres, avec leurs interprétations et leurs procès d’intention.
Les leçons pour les start-up: la marque, c’est pas du décor
Cette histoire rappelle un truc que beaucoup de fondateurs apprennent trop tard: la marque, ce n’est pas juste un logo et une typo. C’est du droit, des dépôts, des classes, des territoires, des antériorités. Quand tu lances une boîte, tu as tendance à foncer sur le produit, la vente, la levée. Le dépôt de marque passe en “on verra plus tard”. Sauf que “plus tard”, ça peut finir au tribunal, avec une exécution immédiate.
Le cas Feed contre Thefeed. com montre aussi le piège des noms “évidents”. “Feed”, c’est simple, mémorisable, international. Justement: c’est le genre de mot que d’autres ont déjà eu avant toi. Et dans la nutrition, “feed” évoque l’alimentation, le fait de nourrir. Donc tu as un mot très naturel, très tentant, mais aussi très exposé. Quand deux acteurs du même secteur s’en emparent, la collision devient presque mécanique.
Autre leçon: même quand tu échappes à certaines qualifications, le choc est réel. Là, parasitisme et concurrence déloyale n’ont pas été retenus. C’est une nuance importante, parce que ça évite le récit “ils ont tout pompé”. Mais la sanction sur la marque suffit à déclencher des obligations lourdes. Du coup, pour une start-up, la stratégie, c’est de traiter la propriété intellectuelle comme une assurance: tu espères ne jamais t’en servir, mais tu es content de l’avoir quand ça brûle.
Et puis il y a la comparaison qui fait mal: l’Américain réclamait 2,2 millions d’euros, la condamnation est bien plus basse, à 179 416 euros. Certains diront “ils s’en sortent bien”. Perso, je trouve que c’est une lecture un peu courte. Parce que le vrai ticket, c’est le rebranding forcé, les stocks à retirer, les domaines à céder, le temps perdu, la confiance à reconstruire. Le genre de coût qui ne rentre pas proprement dans une ligne comptable, mais qui te plombe une année.
À retenir
- Anthony Bourbon et Feed sont condamnés à payer 179 416 € à Thefeed.com pour contrefaçon de marque.
- Les marques autour de “Feed” sont annulées et des noms de domaine doivent être transférés.
- Les produits portant “feed” doivent être retirés et détruits sous 90 jours, avec astreinte en cas de retard.
Questions fréquentes
Pourquoi Anthony Bourbon et Feed ont-ils été condamnés ?
La condamnation porte sur la contrefaçon par imitation de la marque verbale de l’Union européenne “The Feed”, détenue par Thefeed.com. Le tribunal a estimé que l’usage de “Feed” créait une proximité problématique dans un secteur similaire (nutrition), ce qui a conduit à des dommages et intérêts et à des mesures de retrait et de changement.
Que doit faire l’entreprise après le jugement ?
Au-delà du paiement des 179 416 €, l’entreprise doit exécuter des mesures concrètes: annulation de marques déposées, transfert de noms de domaine contenant “feed”, retrait des produits portant “feed” et destruction dans un délai de 90 jours. Une astreinte de 200 € par jour peut s’appliquer en cas de retard, pendant 180 jours.
Un appel peut-il suspendre les effets de la décision ?
La décision est exécutoire immédiatement, ce qui signifie que ses effets s’appliquent sans attendre l’issue d’un éventuel appel. Une procédure d’appel peut exister, mais l’entreprise doit gérer l’exécution et ses conséquences opérationnelles dans l’immédiat.

