La NASA ne bouge pas sa ligne d’arrivée. Lors d’un point presse organisé le 23 octobre 2026 au Kennedy Space Center, en Floride, l’administrateur de l’agence Jared Isaacman a confirmé qu’Artemis III décollerait à l’été 2027 pour un vol d’essai d’environ deux semaines en orbite terrestre, et que des astronautes américains devaient de nouveau fouler le sol lunaire en 2028, avec Artemis IV.
Ce calendrier est maintenu alors que les deux atterrisseurs commerciaux, le Starship de SpaceX et le Blue Moon de Blue Origin, accusent du retard, tout comme les combinaisons lunaires d’Axiom Space. La veille, le comité consultatif de sécurité de la NASA avait justement exprimé ses inquiétudes sur la maturité de ces véhicules.
Le calendrier Artemis en quatre étapes
| Fin 2026 | Essai de remplissage des réservoirs de la fusée SLS au pas de tir 39B |
| Été 2027 | Artemis III : environ 14 jours en orbite terrestre basse avec quatre astronautes |
| Fin 2027 | Objectif de SpaceX pour un alunissage sans équipage du Starship |
| 2028 | Artemis IV : premier alunissage habité depuis Apollo 17, près du pôle Sud lunaire |
(Sources : NASA, SpacePolicyOnline, SpaceX France)
Artemis III, une répétition générale en orbite terrestre
Initialement pensée comme la mission du retour sur la Lune, Artemis III a été transformée en vol d’essai en orbite basse. Jared Isaacman avait annoncé ce changement de cap en février 2026, quelques semaines avant le lancement d’Artemis II, estimant que le programme n’était pas prêt pour un alunissage.
L’équipage est connu. L’Américain Randy Bresnik commandera la mission, l’astronaute de l’Agence spatiale européenne Luca Parmitano en sera le pilote, et Andre Douglas et Frank Rubio occuperont les postes de spécialistes de mission. Ils décolleront à bord de la fusée SLS depuis le pas de tir 39B de Kennedy. L’étage supérieur cryogénique utilisé pour Artemis II sera remplacé par une simple pièce d’espacement fabriquée au Marshall Space Flight Center, puisque le vaisseau Orion n’aura pas besoin de quitter l’orbite terrestre.
Le scénario se déroule en deux temps. Blue Moon Mark 2, lancé au préalable par une fusée New Glenn, attendra Orion vers 439 km d’altitude. Le troisième jour, les deux engins s’amarreront et resteront liés pendant deux jours : les astronautes pourront entrer dans la cabine pressurisée de l’atterrisseur pour tester notamment son système de support vie. Le sixième jour, un Starship d’essai décollera de Floride et Orion s’y amarrera pendant environ deux heures, vers 381 km, sans que l’équipage n’y pénètre. La mission s’achèvera par un amerrissage dans le Pacifique, au large de la Californie.
Pour Jeremy Parsons, responsable du programme Artemis, ce court amarrage au Starship doit surtout permettre d’apprendre à contrôler l’attitude des deux vaisseaux et à les faire voler ensemble. Jared Isaacman a de son côté salué des équipes qui ont divisé par deux le calendrier d’assemblage et d’intégration de la mission, qui mobilise trois fusées, le vaisseau Orion et deux atterrisseurs.
Artemis IV en 2028, mais l’atterrisseur n’est pas encore choisi
Le véritable retour sur la Lune est désormais confié à Artemis IV, attendue en 2028 près du pôle Sud lunaire. Ce serait le premier alunissage habité depuis Apollo 17, en décembre 1972. La NASA n’a pas encore désigné l’atterrisseur qui transportera l’équipage : elle entend maintenir SpaceX et Blue Origin en concurrence et trancher en fonction des démonstrations réalisées par chacun. Une mission Artemis V pourrait suivre la même année si le calendrier est tenu.
Les deux industriels ont revu leur architecture. Côté SpaceX, un Starship entièrement ravitaillé viendrait s’amarrer à Orion en orbite terrestre pour le pousser jusqu’à la Lune, alors que le plan initial prévoyait un rendez-vous en orbite lunaire. Blue Origin renonce de son côté au transfert d’ergols dans l’espace : trois Blue Moon Mark 1, plus petits, serviraient de remorqueurs pour amener le Mark 2 en orbite lunaire, où il retrouverait Orion. Dans les deux cas, deux astronautes descendraient à la surface avant de regagner Orion pour le retour vers la Terre.
« Ce ne sera pas une répétition des drapeaux et des empreintes de pas », a insisté Jared Isaacman, en référence aux missions Apollo. Les rovers lunaires seront fournis par Lunar Outpost et Venturi Astrolab, et la NASA prévoit d’envoyer du matériel au pôle Sud à l’aide d’atterrisseurs robotisés avant l’arrivée des premiers équipages.
Des atterrisseurs et des combinaisons encore en retard
Le principal point de fragilité reste les atterrisseurs. Les deux programmes HLS (Human Landing System) sont en retard, et chacun doit réussir un alunissage sans équipage avant de transporter des astronautes. Pour quitter l’orbite terrestre, le Starship doit en outre être ravitaillé en orbite, une opération de transfert d’ergols cryogéniques qui n’a encore jamais été démontrée.
SpaceX vise un premier transfert d’ergols entre deux Starship au premier trimestre 2027, puis un alunissage sans équipage fin 2027. Le nombre de lancements de ravitaillement nécessaires reste débattu : un membre du comité de sécurité de la NASA a évoqué environ 22 vols, Elon Musk en annonce plutôt 6 à 8, et la NASA assure ne pas tabler sur un chiffre aussi élevé que 22, la démonstration de transfert d’ergols devant permettre de trancher. Blue Origin doit de son côté remettre en état son pas de tir LC-36, endommagé par l’explosion d’une New Glenn lors d’un essai de mise à feu statique fin mai ; les opérations doivent y reprendre en novembre. L’entreprise vise un premier vol de Blue Moon Mark 1 au premier trimestre 2027 et un alunissage sans équipage du Mark 2 au premier trimestre 2028.
Les combinaisons spatiales d’Axiom Space prennent elles aussi du retard. La NASA a assoupli ses exigences pour accepter une version simplifiée et plus légère, dite « sortie suit », qu’Axiom prévoit de tester sur la Station spatiale internationale en 2027. Les premiers équipages se contenteraient ainsi de sorties plus courtes à la surface, un compromis jugé acceptable par l’agence pour les premières missions. Pour gagner du temps, la NASA a également placé ses propres équipes au sein des deux industriels afin de résoudre plus vite les problèmes d’approvisionnement.
Le comité de sécurité de la NASA tire la sonnette d’alarme
Ces annonces interviennent au lendemain d’une réunion de l’Aerospace Safety Advisory Panel (ASAP), le comité créé par le Congrès américain après l’incendie d’Apollo 1 en 1967. Le 22 octobre, ses membres, dont l’ancien astronaute Charlie Precourt, ont exprimé des inquiétudes sur Artemis IV : état de préparation des atterrisseurs, un seul essai d’alunissage sans équipage exigé par fournisseur, et première utilisation d’ergols cryogéniques à la surface de la Lune, alors que les modules Apollo fonctionnaient avec des ergols hypergoliques. Le comité s’apprête à recommander formellement à la NASA de réexaminer les objectifs d’Artemis IV, voire l’architecture retenue pour cette mission et les suivantes.
Le choix du pôle Sud ajoute une difficulté : pentes marquées, Soleil rasant, écarts de température extrêmes et options d’abandon plus limitées. La NASA s’y intéresse pour la glace d’eau piégée dans les cratères en ombre permanente, qui pourrait un jour alimenter un avant-poste ou servir à produire du carburant. Un rapport des Académies nationales américaines (NASEM), publié le 21 octobre, a toutefois identifié quatre sites non polaires présentant un fort intérêt scientifique pour l’exploration humaine : le cratère Bhabha sur la face cachée, Mons Hadley, le bassin Orientale et le plateau d’Aristarque.
Interrogé sur ce point, Amit Kshatriya, administrateur associé de la NASA, a reconnu de nombreuses inconnues et admis que le choix du meilleur site ferait « toujours débat ». Pour Jared Isaacman, le pôle Sud reste « probablement la zone la plus avantageuse », et les atterrisseurs robotisés du programme CLPS doivent permettre de mieux connaître cet environnement avant l’arrivée des équipages.
Une course contre la montre face à la Chine
Le patron de la NASA ne cache pas la dimension stratégique de ce calendrier et invoque la concurrence de la Chine, qui vise un premier alunissage habité avant 2030. En septembre, dans une note adressée aux équipes, Jared Isaacman jugeait déjà l’objectif de mi-2027 en retard de 90 jours, une formule destinée selon lui à mobiliser les équipes pour trouver des solutions.
Lors du point presse, il a reconnu que l’inertie institutionnelle et de mauvaises priorités avaient contribué aux retards passés. Amit Kshatriya a défendu une « appropriation extrême » des décisions comme des échecs, avec davantage de travail d’ingénierie réalisé en interne et une organisation plus clairement définie pour chaque mission.
Ce que cela change pour l’Europe
L’Europe est directement concernée. Luca Parmitano deviendra le premier astronaute européen à voler dans le cadre du programme Artemis, mais l’ESA n’a pas encore obtenu de place pour un astronaute européen à la surface de la Lune. La réorganisation du programme a par ailleurs conduit la NASA à mettre en pause, en mars 2026, la station lunaire Gateway dans sa forme actuelle, au profit d’un projet de base lunaire. Les modules destinés à Gateway figurant parmi les principales contributions européennes à Artemis, aux côtés du module de service européen qui propulse Orion, l’ESA doit désormais renégocier sa participation.
Dans le même temps, l’agence européenne prépare l’après ISS, dont le retrait doit commencer en 2030 : études de faisabilité pour une station européenne confiées à des consortiums menés par Airbus Defence and Space et OHB, accords avec les stations commerciales d’Axiom Space et de Starlab, et réflexion sur un transport européen d’astronautes.
À retenir
- Artemis III volera à l’été 2027 pour environ 14 jours en orbite terrestre, avec Luca Parmitano (ESA) comme pilote
- Orion testera son amarrage avec Blue Moon Mark 2 pendant deux jours, puis avec un Starship pendant environ deux heures
- Artemis IV vise en 2028 le premier alunissage habité depuis 1972, près du pôle Sud ; l’atterrisseur n’est pas encore choisi
- Atterrisseurs et combinaisons sont en retard, et le ravitaillement du Starship en orbite n’a jamais été démontré
- Le comité de sécurité de la NASA s’inquiète du nombre limité d’essais et de l’usage inédit d’ergols cryogéniques sur la Lune, et va recommander de réexaminer Artemis IV
Questions fréquentes
Quand la NASA prévoit-elle de retourner sur la Lune ?
L’objectif affiché est 2028, avec la mission Artemis IV. Il s’agirait du premier alunissage habité depuis Apollo 17 en décembre 1972. Cette date reste un objectif, qui dépend notamment des essais sans équipage des atterrisseurs de SpaceX et de Blue Origin.
Artemis III va-t-elle se poser sur la Lune ?
Non. Artemis III est désormais un vol d’essai d’environ deux semaines en orbite terrestre basse, prévu à l’été 2027. Il doit valider les manœuvres de rendez-vous et d’amarrage entre Orion et les deux atterrisseurs commerciaux.
Qui compose l’équipage d’Artemis III ?
Randy Bresnik (commandant), Luca Parmitano de l’ESA (pilote), ainsi qu’Andre Douglas et Frank Rubio (spécialistes de mission).
Quel atterrisseur sera utilisé pour Artemis IV ?
La NASA ne l’a pas encore décidé. Elle maintient SpaceX (Starship) et Blue Origin (Blue Moon Mark 2) en concurrence et choisira en fonction des démonstrations réalisées par chaque entreprise.
Pourquoi viser le pôle Sud lunaire ?
La région abrite de la glace d’eau dans des cratères en ombre permanente, une ressource qui pourrait soutenir un avant-poste ou la production de carburant. Le site est toutefois plus difficile que les zones équatoriales choisies pour Apollo : relief accidenté, faible éclairage et températures extrêmes.
Sources
- NASA Shares Artemis Acceleration Plans for Moon Missions (NASA)
- NASA is Full Steam Ahead on Artemis III, IV and V (SpacePolicyOnline)
- NASA gives update to Artemis III mission (Spectrum News 13)
- NASA Sets a New Course for Artemis (National Space Society)
- Artemis III à l’été 2027, retour sur la Lune en 2028 : ce que la NASA a annoncé (SpaceX France)
- ESA to pursue crew transport and space stations as European launchers come online (NASASpaceFlight)
- NASA Safety Panel Concerned About Artemis IV, Future Access to LEO (SpacePolicyOnline)
- Moon’s South Pole Not the Only Compelling Location for Human Exploration (SpacePolicyOnline)
- NASA’s lunar Gateway space station is out. Moon bases are in. (Space.com)

